Collège de la petite Camargue

Écrire un récit policier à partir d’un fait divers

Travail donné en classe par Mme Allouche : écrire un récit policier à partir d’un fait divers donné par l’enseignante.
C’est un vendredi après-midi, ensoleillé, calme et tranquille à l’hôpital de Saint-Malo. La femme de ménage de l’hôpital, Mme Clair Énette, passe dans les chambres des patients avec son matériel de ménage et siffle un air joyeux dans les couloirs. Elle ne s’est jamais sentie aussi détendue pour une journée de travail ; à vrai dire, son métier n’est pas génial, mais elle s’en contente très bien.

Elle entre dans la chambre de monsieur Jean Bonbeurre et lance : « Bonjour monsieur ! ». Il ne répond pas. Le croyant endormi, elle s’approche avec son plumeau pour nettoyer sa commode, sans faire de bruit. Elle s’avance près de son lit avec son balai cette fois. Elle se retourne pour voir son visage, et, d’un coup, elle hurle. Il est là, allongé sur le lit, la bouche ouverte, le visage pâle, les yeux fermés, il ne respire plus. Sans attendre, elle s’élance dans le couloir et crie : « Mme l’infirmière, Mme l’infirmière, quelqu’un est mort, c’est monsieur Jean Bonbeurre ! ». L’infirmière accourt dans la chambre du patient et vérifie son pouls.

« Alors, il est mort ? Demande la femme de ménage.
─ Oui, je le crains !
─ Puis-je faire quelque chose pour vous ?
─ Oui, allez prévenir la police.
─ Et le directeur ?
─ Il n’est pas là, allez dépêchez-vous d’aller chercher la police ».

La femme de ménage revient vingt minutes plus tard avec la jeune commissaire, Mlle Léa Tachante. Cette commissaire est d’une beauté remarquable mais cela ne l’empêche pas de résoudre ses enquêtes avec beaucoup de logique et d’intelligence. Elle se présente près du lit et demande : « Pourquoi m’avez-vous appelée ? C’est pourtant courant, un décès dans un hôpital ? N’est-ce pas Mme l’infirmière ?
─ Et bien, c’est qu’il me semble qu’il n’est pas mort naturellement.
─ Expliquez-vous !
─ Je pense qu’il s’est fait étouffer.
─ Bon, je vais appeler le médecin légiste et nous allons voir avec lui ».

Elle s’isole dans un coin de la chambre avec son téléphone pendant environ cinq minutes et revient vers l’infirmière. Elle lui dit ceci : « Le médecin, Mr Léo Précis, va venir jeter un œil au cadavre. Et, bien entendu, je ne veux personne autour du mort ; que personne ne le touche !
─ C’est d’accord mademoiselle !
─ Ah, au fait, avez-vous touché au corps avant que j’arrive ?
─ Oui, mais je ne lui ai pris que le pouls.
─ Et la femme de ménage, lui a-t-elle touché le visage ou quelque chose ?
─ Je n’en sais rien, il faudrait lui poser la question.
─ Où est-elle d’ailleurs ?
─ Elle est allée faire le ménage dans les autres chambres.
─ Pouvez-vous allez me la chercher ? J’ai quelques questions à lui poser.
─ Si vous le souhaitez, j’y vais tout de suite.
─ D’accord, allez-y, et surtout dépêchez-vous, le médecin légiste ne va plus tarder, il sera là d’une minute à l’autre ».

L’infirmière quitte la chambre en hâte, elle ne supporte pas de voir ce mort, elle est mal à l’aise. Elle s’avance vers l’ascenseur car Mme Énette fait le ménage dans les chambres qui sont à l’étage. « J’irais sûrement plus vite comme ça ; en plus les escaliers fatiguent trop, beaucoup trop ». Elle s’arrête devant la porte d’un patient car le chariot de ménage est devant et la porte est entrouverte. Elle glisse un œil dans l’ouverture de la porte et voit la femme de ménage passant le balai et parlant avec le patient de la mort de monsieur Jean Bonbeurre. C’est à ce moment là qu’elle décide de faire irruption dans la chambre. Il ne faut tout de même pas que tout l’hôpital soit au courant de la mort de ce patient avant que la police n’ait mené son enquête. Il faut qu’ils soient tranquilles : c’est ce que lui a dit la jeune commissaire.

« Excusez-moi de vous déranger, Mme Énette, mais la police vous demande.
─ Mais je n’ai rien fait !
─ Ne vous inquiétez pas, ils veulent juste vous poser des questions.
─ Des questions ? Mais je suis en service, vous le savez bien, et le patron me paye pour faire le ménage.
─ Ne vous inquiétez pas pour cela, mais en attendant la police a besoin de vous.
─ Bon, eh bien, je vais ranger mon chariot de ménage et je suis à eux. Je n’en ai que pour deux ou trois minutes.
─ Dans ce cas là, je viens avec vous et après nous redescendrons ensemble pour parler à la police.
─ Allons-y ! »

Elles arrivent dans la chambre du mort cinq minutes plus tard. « Le médecin vient juste d’arriver ! », précise la commissaire. « Ah, je vois que vous avez trouvé la femme de ménage. Maintenant si cela ne vous dérange pas j’aimerais m’entretenir seule avec Mme Énette. J’aurai peut-être d’autres questions à vous poser quand l’enquête sera plus avancée.
─ Vous n’avez plus besoin de moi pour l’instant alors ?
─ Si, une question.
─ Je vous écoute.
─ Y a-t-il d’autres patients qui sont au rez-de-chaussée ?
─ Oui, c’est une patiente, qui se nomme… Excusez moi je ne me souviens que de son prénom.
─ Quel est son prénom ?
─ Il me semble qu’elle s’appelle Josette
─ Alors, vous dites à cette Josette qu’il faut qu’elle quitte sa chambre, mais ne lui dites pas qu’il y a eu un mort car sinon elle s’affolerait vite, surtout si c’est une personne âgée.
─ Oui, c’est vrai, c’est le cas. Mais pourquoi doit-elle changer de chambre ?
─ Parce que mon équipe de police, que j’ai appelée pendant que vous êtes allée chercher la femme de ménage, va inspecter le rez-de-chaussée pour trouver des indices et ils vont aussi fouiller la chambre du mort ; alors si cette dame reste là, elle va gêner l’enquête ; vous comprenez ?
─ Mais vous n’êtes pas sûre qu’il se soit fait étouffer ?
─ Si, le médecin légiste vient de le confirmer, il s’est bien fait étouffer, par un coussin.
─ Comment a-t-il fait ? Pour savoir aussi rapidement comment il était mort ?
─ C’est un professionnel, madame.
─ Je vais vous laisser avec madame Énette.
─ Une seconde, j’ai oublié, qu’allez-vous dire à cette Josette ?
─ Je vais inventer quelque chose.
─ Quel genre de chose ?
─ Je vais lui dire que des réparations vont avoir lieu dans tout le rez-de-chaussée et que personne n’aura le droit d’y pénétrer.
─ Je pense que c’est une bonne idée »

Soudain, le bip de l’infirmière sonne, pour la prévenir qu’un patient a besoin de ses soins. « Excusez-moi, mais en tant qu’infirmière-chef, je suis obligée d’y aller, si vous voulez je pourrai aller voir Josette plus tard.
─ Non, il faut que quelqu’un y aille maintenant, vous n’avez pas une deuxième infirmière en service ?
─ Si, il y en a toujours deux.
─ Dans ce cas, expliquez-lui la situation, dites-lui surtout de ne rien dire à personne.
─ J’y veillerai personnellement, je vous le promets.
─ Au revoir madame la commissaire.
─ Au revoir madame l’infirmière-chef ».

L’infirmière s’approche de la porte pour quitter la chambre. Elle est toute proche de la poignée quand, soudain, la porte s’ouvre et manque de la renverser ; heureusement, elle ne s’est pas blessée. L’équipe de police de la commissaire est vraiment désolée et elle fait des excuses à l’infirmière qui quitte la chambre pour se diriger vers l’étage ».

La commissaire s’adresse maintenant à la femme de ménage : « Je voudrais vous poser quelques questions, car je crois savoir que vous avez découvert le corps de ce monsieur, comment s’appelle-t-il déjà ?, ah oui, monsieur Jean Bonbeurre il me semble.
─ Oui, il se nomme comme ça.
─ Vous le connaissiez ?
─ Eh bien, disons qu’à force de venir faire le ménage dans les chambres, il y a des patients comme lui qui sont à l’hôpital depuis un petit moment, donc je les connais forcément.
─ Pourquoi vous les connaissez forcément ?
─ Parce que je suis la seule femme de ménage de l’hôpital. Je suppose que vous allez me demander, comment j’ai découvert son corps ?
─ C’est exactement ça ! Et surtout essayez d’être précise, s’il vous plaît, essayez de vous rappeler des détails car tout peut nous être utile pour l’enquête.
─ Je vais essayer de me souvenir, après tout cela ne fait qu’une heure que je l’ai découvert.
─ Alors, ne nous attardons pas ; comment avez-vous découvert le corps du mort ?
─ Eh bien, j’ai fait comme tous les autres jours, je suis passée dans le couloir en chantonnant et dans toutes les chambres des patients, je suis entrée dans celle de ce monsieur, je lui ai dit bonjour, il ne m’a pas répondu.
─ Excusez-moi de vous interrompre dans votre conversation, mesdames, mais est-ce que nous pouvons aller fouiller l’autre chambre du rez-de-chaussée avec l’équipe car ce monsieur est mort étouffé avec un coussin mais il n’y a pas de coussin dans la chambre, interrompt un membre de l’équipe de policiers.
─ Oui, vous pouvez y aller mais avant j’ai une question à vous poser. Avez-vous trouvé quelque chose ?
─ Nous avons trouvé un morceau de plastique de couleur blanche provenant sûrement d’un gant d’infirmière.
─ Où l’avez-vous trouvé ?
─ Près de la tête du mort.
─ Très bien, maintenant, si cela ne vous dérange pas, j’aimerais bien reprendre ma conversation avec cette dame.
─ D’accord, merci de m’avoir écouté et encore désolé de vous avoir dérangées. »

Le policier sort de la chambre, suivi de ses collègues, et ils se dirigent vers la chambre de l’autre patiente, qui est allée s’installer au deuxième étage. La commissaire et la femme de ménage s’assoient sur les deux seules chaises qu’il y a dans la chambre, regardent le médecin légiste et se regardent. C’est la femme de ménage qui rompt le silence : « Où en étions-nous déjà ?
─ Il me semble que vous disiez que vous lui aviez dit bonjour et qu’il ne vous avait pas répondu.
─ Oui, c’est vrai, il ne m’a pas répondu.
─ Qu’avez-vous fait ensuite ?
─ Je me suis approchée de sa commode avec mon plumeau sans faire de bruit, en pensant qu’il dormait.
─ Est-ce cette commode qui est contre le mur en face ?
─ Oui !
─ Dans ce cas, vous n’avez pas vu le mort tout de suite en entrant ?
─ Non, c’est quand je me suis approchée de son lit avec le balai et que je me suis retournée que je l’ai vu.
─ Comment était-il ?
─ Il était pâle, avait la bouche ouverte, les bras pendants hors du lit, les yeux fermés.
─ Est-ce que vous avez crié ?
─ Oui, mais je pense que personne ne m’a entendue à part l’infirmière.
─ Pourra-t-elle le confirmer ?
─ Oui, j’ai même crié : “Mme l’infirmière !” deux fois.
─ Est-ce que vous avez touché au corps avant ou après que l’infirmière soit arrivée dans la chambre ?
─ Je n’ai touché à aucun moment le corps du mort !
─ Est-ce que l’infirmière l’a touché ?
─ Oui, elle lui a pris le pouls.
─ C’est ce qu’elle m’a dit.
─ Est-ce que vous aimez votre métier ?
─ À vrai dire, je ne l’aime pas trop, mais je m’en contente ; vous savez je ne gagne pas beaucoup d’argent.
─ Est-ce que vous saviez que monsieur Jean Bonbeurre jouissait d’une petite fortune ?
─ Je le savais et franchement je l’enviais un peu.
─ Serait-il possible que vous l’ayez tué ?
─ Vous me soupçonnez d’avoir tué cet homme ! Si je l’avais tué, je ne vous parlerais pas comme ça, je n’aurais prévenu personne et puis de toute façon je suis incapable de faire une chose pareille, c’est tellement cruel, je n’aimerais pas que cela m’arrive.
─ Est-ce-que vous connaissiez un peu l’entourage de ce monsieur ?
─ Oui, sa femme et son fils lui rendaient des visites à l’hôpital de temps à autre.
─ Sont-ils venus récemment ?
─ Non.
─ Pourquoi, était-il hospitalisé ?
─ D’après ce que j’ai compris, il avait dans le corps une substance inconnue qui lui aurait presque valu la mort. C’est pour cela qu’il est resté sous surveillance à l’hôpital.
─ Bon, eh bien merci de votre collaboration, Mme Énette, au revoir. J’aurais peut-être encore besoin de vous aussi.
─ De rien, je suis à votre entière disposition. Au revoir.
─ Attendez, une dernière chose : est-ce que, en passant devant la chambre où était la patiente Josette, vous pouvez m’appeler le chef de l’équipe des policiers, j’ai besoin de lui ?
─ D’accord, ce sera fait ».

Le policier arrive dans la chambre cinq minutes plus tard. « J’ai trouvé un coussin dans un tiroir de la commode de la chambre de la patiente Josette. Nous avons trouvé la même matière que tout à l’heure, mais sur le coussin cette fois. Sous le coussin, il y avait de la salive, que nous avons envoyée au laboratoire. Nous avons eu les résultats il y a à peine dix minutes.
─ Et alors ?
─ C’est l’ADN de monsieur Jean Bonbeurre : les tests sont formels. Les traces de salive ne datent pas de très longtemps, environ quinze minutes avant la découverte du corps. Qu’est-ce-que je voulais dire déjà ? Ah, oui, quand la femme de ménage est venue me prévenir que vous vouliez me voir, je me suis permis de lui poser une question.
─ Laquelle ?
─ Je voulais savoir si monsieur Jean Bonbeurre et cette patiente, Josette, s’entendaient bien. Elle m’a répondu qu’ils ne se voyaient pas souvent mais que quand elle lui parlait elle, faisait souvent allusion à son argent. Elle essayait de lui faire pitié pour qu’il lui donne de l’argent. D’après la femme de ménage, elle n’aurait jamais pu faire une chose pareille car déjà elle est paralysée d’une jambe et des deux bras et puis ce n’est pas en le tuant qu’elle gagnerait de l’argent. »

La commissaire ajoute : « Moi, j’ai prévenu sa femme qui est maintenant veuve et son fils, et je les ai convoqués ici. Après tout, j’ai des soupçons sur eux car ce sont les héritiers de monsieur Jean Bonbeurre ; ils auraient très bien pu le tuer pour cela. Je vais vous parler d’une chose totalement différente.
─ Je vous écoute, Mme la commissaire.
─ Est-ce-que vous trouvez l’infirmière chef bizarre ?
─ Non, pourquoi ?
─ Parce que, il y a quelque chose de louche dans son comportement… Elle a l’air très mal à l’aise quand on lui parle du mort ; elle était pressée de partir de la chambre, elle est sortie en hâte par exemple pour aller chercher l’infirmière. Je sais que je lui ai demandé de se dépêcher mais c’est même elle qui m’a proposé d’aller la chercher tout de suite. Encore plus surprenant, elle m’a dit qu’il n’était pas mort naturellement et que c’était pour ça qu’elle m’avait appelée et tout à l’heure, quand je lui ai dit que le médecin légiste avait soutenu qu’il s’était fait étouffer, elle m’a demandé comment il avait fait pour le savoir aussi vite.
─ Je suis sûr que vous êtes en train de vous demander pourquoi elle aurait bien voulu le tuer, non ?
─ Oui, je me pose plein de questions et plus l’enquête avance, plus cela devient compliqué ».

À ce moment-là, la porte s’ouvre et on voit apparaître M. Kévin Bonbeurre, le fils de monsieur Jean Bonbeurre et sa femme Danièle Bonbeurre, qui pleure car son mari est mort. Elle ne sent plus ses jambes, des mots tintent et résonnent dans sa tête : « Il est mort, non il est mort, ce n’est pas possible… » Quant au fils, il console sa mère et il laisse paraître au bout de quelques minutes seulement quelques larmes. La commissaire attend un petit moment, pour qu’ils se remettent de leurs émotions ; elle regarde le fils : il n’a pas l’air aussi chamboulé que sa mère. La commissaire déclare avec douceur : « Je suis désolée, votre mari a été étouffe par un coussin mais rassurez-vous, nous allons trouver le coupable et il paiera pour son crime.
─ Mais comment a-t-il pu se faire tuer, surtout dans un hôpital, et qui l’a tué, pourquoi, pourquoi, pourquoi ? pleurait-elle.
─ Excusez-moi, monsieur, mais pourriez-vous attendre dans le couloir ? J’aimerais m’entretenir avec votre mère.
─ Je vous laisse, je suppose que vous allez aussi faire la même chose avec moi après, vous allez me prendre à part ?
─ Oui, je vous appellerai »

Le fils quitte la chambre. La commissaire ferme la porte derrière lui et montre la chaise à Danièle, qui s’assoit immédiatement, totalement désespérée. « Êtes-vous prête à répondre à mes questions ?
─ Je le pense.
─ Alors, nous pouvons commencer. Aviez- vous de bonnes relations avec votre mari ?
─ De très bonnes relations même si ses derniers temps, comme il était à l’hôpital, je le voyais moins souvent.
─ Êtes-vous venue le voir récemment ?
─ Non, cela faisait un petit moment, je n’avais pas le temps de passer, ou alors, quand je l’avais, je n’y allais pas car mon fils ne pouvait pas y aller avec moi.
─ Pourquoi n’y alliez-vous pas sans votre fils ?
─ Je n’avais pas la force d’y aller seule car le voir allongé sur un lit hôpital me rongeait l’estomac.
─ Est-ce vrai que votre mari avait une petite fortune ?
─ Oui, c’est totalement vrai.
─ Et vous ne vous y intéressiez pas ?
─ Pourquoi ? Vous pensez vraiment que j’aurais pu tuer mon mari ?
─ Vous savez madame toutes les pistes sont envisagées…
─ De toute façon, je n’aurais pas eu d’argent car j’ai une retraite très élevée : j’étais avocate et l’argent serait revenu en totalité à mon fils.
─ Pensez-vous que votre fils avait des raisons de tuer son père mis à part l’argent ?
─ Eh, non je ne pense pas.
─ J’ai une question importante à vous poser ! Est-ce-que votre fils s’entendait bien avec son père ?
─ Cela se passait assez bien
─ Comment ça “assez bien” ?
─ Ils se sont déjà disputés plusieurs fois pour des choses diverses : il y avait une époque où Kévin en voulait à son père pour je ne sais quoi, des histoires entre eux, c’était il me semble avant que mon mari ne rentre à l’hôpital.
─ Merci, cela me suffira pour le moment. Pouvez-vous sortir et appeler votre fils pour moi ?
─ J’y vais tout de suite
─ Merci madame ; si vous voulez vous prendre un café, la machine est à l’accueil, cela vous fera du bien ».

La veuve sort de la chambre ; à ce moment-là, le légiste emporte le corps pour l’amener au laboratoire scientifique de la police. Kévin Bonbeurre entre dans la chambre et s’assoit à la place de sa mère. C’est Kévin qui commence à parler : « Comment est mère, elle n’est pas trop traumatisée ?
─ Cela pourrait être pire, mais moi je ne veux pas vous parler de cela, je veux vous poser des questions. Voici la première : pourquoi vous êtes-vous disputé avec votre père, vous savez, un peu avant qu’il soient emmené à l’hôpital ?
─ Je ne m’en souviens plus !
─ Bon, alors je vais changer de questions. Vous êtes célibataire, je crois ?
─ Oui, et alors ?
─ Je ne sais pas, réfléchissez. Est-ce-que vous vous intéressiez à la grosse somme d’argent de votre père ?
─ Vous m’énervez, pourquoi toutes ses questions ?
─ Je mène l’enquête, très cher ».

Le jeune sort en trombe de la chambre et claque la porte derrière lui. La commissaire s’accorde un moment de réflexion pour savoir qui sera le prochain à être interrogé. Elle décide d’aller voir Josette au deuxième étage pour la questionner. Elle emprunte les escaliers pour aller en haut. Elle s’arrête d’abord au premier étage pour aller à l’accueil. Maintenant, elle connaît le numéro de la chambre : le 20. Elle frappe à la porte : Josette lui permet d’entrer. La commissaire hésite à lui avouer qu’il y a eu un meurtre puis elle se décide enfin. Elle lui explique tout puis lui pose des questions : « Est-ce-que vous aimiez bien monsieur Bopbeurre ?
─ Oui, c’est une personne agréable, mais je ne le voyais pas souvent.
─ Étiez-vous jalouse de sa petite fortune ?
─ Pour dire la vérité, je l’étais, mais je vous jure que ce n’est pas moi qui l’ai tué, de toute façon je suis paralysée.
─ Alors en fait vous vouliez juste qu’il vous aide financièrement je suppose ?
─ Oui, c’est vrai et justement, ce n’est pas en le tuant que j’aurais eu de l’argent.
─ Savez-vous pourquoi le coussin de ce monsieur a été retrouvé dans votre chambre ?
─ Je n’en sais rien, peut être pour me faire porter le chapeau du crime.
─ Bon, je ne vais pas vous déranger plus longtemps, moi aussi j’ai des choses à faire.
─ Au revoir, Mme la commissaire ; si vous avez encore besoin de moi, je suis à votre entière disposition.
─ Merci beaucoup et une dernière chose.
─ Quoi ?
─ Je veux que vous ne parliez de cela à personne.
─ Ne vous inquiétez pas pour cela, je sais tenir ma langue, le secret sera gardé ».

La commissaire quitte de la chambre de Josette et cherche dans tout l’hôpital l’infirmière. Elle a des questions d’une extrême urgence à lui poser. Elle tombe sur elle par chance : l’infirmière venait juste de sortir de la chambre d’un patient. Elle l’interpelle et lui demande de la suivre jusque dans la chambre du mort. Comme le mort n’y était plus et le médecin légiste non plus, elles seraient tranquilles pour parler. Elles arrivent dans la chambre et s’assoient sur les chaises. L’infirmière commence : « Pourquoi m’avez-vous fait venir là ? Pour m’interroger ?
─ On dirait que vous avez deviné.
─ Je suis prête à répondre à vos questions
─ Bien, alors allons-y »

Soudain, le téléphone de la commissaire sonne et elle répond : « Allô ? Ah c’est vous, monsieur Analyse (directeur du laboratoire scientifique de la police).
─ Oui, c’est bien moi, je vous appelle pour vous dire que nous avons analysé le petit morceau de gant blanc d’infirmière.
─ Et alors ?
─ Nous y avons découvert des empreintes digitales ; elles semblent appartenir à monsieur Kévin Bonbeurre.
─ Merci de m’avoir prévenue.
─ De rien, au revoir.
─ Au revoir ».

Elle raccroche le téléphone et remarque la pâleur du visage de l’infirmière mais elle ne le lui fait pas remarquer. Elle lui pose la question quelle voulait lui poser : « Pourquoi êtes-vous la complice du meurtre de monsieur Jean Bonbeurre ?
─ Mais je n’ai rien fait, que me reprochez vous ?
─ Réfléchissez, je suis sûre que vous trouverez !
─ Mais je n’ai rien à me reprocher, je ne comprends pas.
─ Vous savez ce que vous risquez ?
─ Eh non, mais je n’ai rien fait.
─ Alors je vais vous expliquer. Vous risquez de faire beaucoup de prison, surtout si vous ne vous dénoncez pas tout de suite ».

La commissaire continue pendant des heures et des heures à interroger l’infirmière, qui finit par craquer sous pression.

« Oui, c’est vrai j’ai aidé au meurtre de ce monsieur mais je vous jure que je ne l’ai pas tué !
─ Alors, dites moi qui est le tueur car vous le savez.
─ Mais je pensais que vous le saviez.
─ Il faut juste que je confirme mes hypothèses.
─ De toute façon j’en ai déjà trop dit .
─ Vous allez donc me dire la vérité ?
─ J’y suis bien obligée !
─ Je vous écoute, dites-moi qui vous couvrez depuis le début.
─ Eh bien je… Euh… Bon c’est Kévin Bonbeurre.
─ C’est bien ce qu’il me semblait. Je vais vous demander les raisons pour lesquelles vous avez aidé au meurtre de ce monsieur.
─ Eh bien, Kévin s’intéressait à la fortune de son père, il se disputait souvent avec lui et lui reprochait d’être radin. C’est Kévin qui avait déjà essayé de tuer son père avec je ne sais quelle substance.
─ Vous le connaissiez donc déjà ? Vous vous fréquentiez donc ?
─ Non je ne le connaissais pas, je l’ai rencontré à l’hôpital.
─ Dans quelles conditions ?
─ Il est allé se chercher un café à l’accueil et j’y étais. Quand j’ai croisé son regard, j’ai su qu’il était pour moi.
─ Et ensuite, que s’est-il passé ?
─ Quand je suis passée devant la machine, je suis tombée dans ses bras…
─ Mais moi je veux savoir pour quelles raisons vous l’avez aidé. Je n’en ai rien à faire de votre couple.
─ Nous étions amoureux, nous voulions récupérer l’argent, partir loin et nous marier.
─ Vous pensiez vraiment que vous auriez pu vous en sortir comme ça ?
─ Kévin en était persuadé et il avait fini par me convaincre.
─ Nous allons vous placer en cellule, et vous allez passer devant le tribunal ».

À ces mots, la jeune commissaire passe les menottes autour des poignets de l’infirmière et quitte la chambre pour l’amener à un policier qui la conduira jusqu’à la prison. Dans le couloir se trouve Kévin. Après que l’infirmière est partie, Léa se dirige vers le jeune homme, lui passe les menottes et lui dit : « Voulez-vous me suivre jusqu’à la chambre du mort ?  De toute façon je n’ai pas le choix ! »

Quelques minutes plus tard dans la chambre.

« Je sais tout, vous avez tué votre père l’infirmière me l’a confirmé.
─ Mais…
─ Je vais vous expliquer, laissez-moi parler sans me couper la parole : aujourd’hui vous avez tué votre père avec l’aide de l’infirmière. Elle vous a prêté ses gants blancs mais bien sûr ils n’étaient pas utilisés. Vous vous êtes introduit avec son aide dans la chambre de votre père au moment où il dormait. Comme le directeur n’était pas là, c’était carte blanche, personne dans les couloirs, la femme de ménage n’avait pas encore commencé son ménage elle ne le commencerait qu’un quart d’heure plus tard. C’est d’ailleurs elle qui a découvert le corps.
─ C’est du délire ! C’est du n’importe quoi, tout cela est faux.
─ J’ai dit de ne pas me couper. Reprenons : la femme de ménage a découvert le corps et a appelé l’infirmière, qui est accourue comme si de rien n’était. Bien sûr, elle était au courant puisque c’était un coup monté. Ensuite votre prétendu “petit meurtre parfait’’ a tourné au cauchemar. Vous savez, les gants que vous avez utilisés sont en plastique. Quand vous avez attaqué votre père pendant son sommeil, il s’est réveillé tout de suite : il a le sommeil léger ; il s’est donc débattu. C’est comme cela que les morceaux de plastique de vos gants se sont arrachés. Mais vous savez que votre infirmière a appelé la police : elle n’aurait jamais dû car ce qui nous a mis sur la piste, c’est cela.
─ Comment ça ?
─ Oh, vous ne voyez toujours pas. Dans ce cas je vais vous mettre sur la piste. Comment aurait-elle pu savoir qu’il s’était fait étouffer ?
─ C’est une infirmière !
─ Non ce que je veux vous dire c’est que seul les professionnels peuvent le savoir.
─ Vous voulez parler du médecin légiste ?
─ Par exemple.
─ Mais peut-être sait-elle reconnaître les types de morts.
─ Vous voyez, vous la protégez.
─ Mais pas du tout !
─ Je vais vous prouver qu’elle ne pouvait pas savoir : quand je lui ai dit que le médecin légiste avait confirmé qu’il s’était fait étouffer, elle a trouvé qu’il avait fait vite. Elle s’est trahie toute seule et elle vous a trahi vous aussi.
─ Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.
─ Ne niez pas : de toute façon tout à été découvert.
─ Mais… Non, c’est impossible, je n’ai rien fait.
─ Désolée pour votre mère, mais je vous emmène moi-même à la prison de Saint-Malo.
─ Je vous hais tous. Je vous déteste tous ! »

Le jeune homme se débat : la commissaire doit le traîner de toutes ses forces et le menacer pour qu’il quitte la chambre. La mère de Kévin venait de descendre du deuxième étage, plus précisément de l’accueil où elle était allée se chercher un café à la machine. Elle assiste à l’arrestation et au départ de son fils en prison. La commissaire lui explique en passant devant elle qu’elle doit l’emmener en prison car il a tué son père. La réaction de la mère surprend la commissaire. Elle donne une gifle monumentale à son fils et lui dit : « Comment as-tu pu faire une chose pareille ? Je pensais que tu aimais ton père et je pensais aussi t’avoir bien éduqué. Mais en fait tu ne nous aimais pas, tu ne t’intéressais qu’à son argent. Je ne veux plus jamais te revoir, jamais tu entends ! »

La jeune Léa quitte ce lieu pour amener Kévin en prison : il y restera au moins dix ans.

Sarah Verducci, 503


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