Aux temps très anciens, les hommes qui habitaient sur terre et sous les vents n’avaient pas de bras. Les poissons, qui vivaient dans les ruisseaux, les mers et les rivières avaient de longs, très longs bras qui dépassaient des deux côtés de l’arête qu’ils arboraient fièrement sur le dos.
Les hommes enviaient les poissons : s’ils sont amis, ils peuvent se donner la main… S’ils sont amoureux, ils peuvent s’enlacer… S’ils se séparent, ils peuvent se faire un signe d’au revoir…
Les poissons enviaient les cheveux des hommes : s’ils ont froid, ils peuvent se protéger… S’ils ont une cérémonie, ils peuvent se parer… S’ils ont un ruban, ils peuvent se l’attacher…
Un jour, dans le pays, une grande fête eut lieu. Elle rassembla les hommes, les femmes, les enfants, mais aussi les animaux et tout ce qui pouvait bouger et se déplacer, les vents, la pluie, les ruisseaux…
Au cours de la fête, il y eut mille jeux, amusements et compétitions. On découvrit une épreuve étonnante : les hommes et les poissons devaient remonter la rivière que l’on appelait la rivière des Envies cachées.
« Les perdants offriront un bien aux gagnants », annonça le Maître des Jeux.
La compétition commença. Les cœurs battaient. Un grand silence régnait. Au début, les poissons et les hommes étaient à égalité puis les hommes arrivèrent premiers. On entendit de longs applaudissements. Les poissons offrirent leurs bras aux hommes qui gardèrent leurs cheveux.
C’est depuis ce temps-là que les hommes ont des bras et que le monde est monde comme nous le connaissons.
Collège de la petite Camargue



2.1.2 [16017]