Autrefois, les animaux savaient lire et écrire et les pélicans avaient de tout petits becs.
Les singes écrivaient des histoires, les kangourous des chansons, les renards de bonnes blagues ; les ours étaient grands journalistes, les loups philosophes et les lapins poètes. Et tout le monde lisait, debout, couché, assis, à plat ventre, la nuit, le jour, perché dans les arbres, au bord des cavernes et des ruisseaux et des mers, dans l’herbe et sur le sable. On dévorait des revues, des livres, on s’échangeait des bandes dessinées, des albums. Les animaux aimaient aussi beaucoup s’écrire. Alors bien sûr, il fallait des livreurs pour déplacer toutes ces merveilles.
Ces messagers, c’étaient les pélicans : ils transportaient les lettres et les livres de vague en vague, de branche en branche, de grotte en grotte.
Mais passent les jours, passent les saisons, passent les temps, les paquets devinrent de plus en plus lourds, lourds, très lourds. les animaux lisaient de plus en plus d’ouvrages et les pélicans transportaient de plus en plus de poids. Arriva ce qui devait arriver : les becs se creusaient, les pélicans se fatiguaient, ils se découragèrent.
Une révolte éclata.
Mais tout le monde avait besoin d’eux pour le transport.
« Lire est agréable et précieux, dit le roi des animaux. Cela nous met à égalité avec les hommes. »
Alors, malgré eux, les pélicans continuèrent à transporter les livres, les revues, les lettres et au fil du temps les becs se creusèrent plus profondément. Arriva ce qui devait arriver. Les pélicans, épuisés, arrêtèrent pour de bon leurs voyages. Rien n’y fit. Ils devinrent pêcheurs.
C’est ainsi que les animaux perdirent le pouvoir de lire et d’écrire et que les pélicans ont un bec à poche.
Collège de la petite Camargue


2.1.2 [16017]